M. Arda Tan

L'Homme est mort ! Et c'est nous qui l'avons tué !

21 juillet 2026·5 min de lecture

Traduction assistée par IA, relue par l'auteur

L'Intelligence Artificielle sous le prisme de Nietzsche

« Raccourcis sans dénaturer le sens », « Fais-moi un résumé facile à assimiler », « Plus court », « Donne-moi l'idée principale », « Encore plus court », « Reformule mes phrases avec un ton professionnel », « Plus, encore plus court », « Ne m'explique pas la cause du bug, corrige-le directement », « PLUS COURT, LE PLUS COURT POSSIBLE ! »

Est-ce que tout cela vous parle ? Pour ma part, c'est devenu très familier. Ces dernières années, je me suis surpris à adopter régulièrement ce mode de communication paresseux, simpliste, axé uniquement sur le résultat et, au fond, parasitaire. Il y a quelque temps, j'ai réalisé que j'avais drastiquement réduit la lecture de documentations et le suivi de formations. J'avais perdu presque toute motivation : savoir que je pouvais accomplir n'importe quelle tâche d'apprentissage — en partie ou en totalité — via l'IA me privait du désir fondamental de me perfectionner.

Ces temps-ci, la situation est devenue encore plus étrange. Sachant qu'il existe une entité capable d'exécuter mes tâches quotidiennes mieux que moi, je me surprends à douter : même pour un travail dont je suis pleinement satisfait, si je ne le fais pas repasser par l'IA, j'ai le sentiment de ne pas avoir donné le meilleur de moi-même. Et cela dépasse largement le cadre de savoir quel est le meilleur MacBook ou la bonne paire de baskets. J'ai commencé à entretenir avec elle de longues conversations sur des sujets essentiels : dilemmes moraux, angoisses existentielles, relations humaines, débats politiques...

En 2017, la publication du papier « Attention Is All You Need » par un groupe de chercheurs de Google Research, mené par Ashish Vaswani, a posé les fondations des modèles Transformer et marqué le premier pas vers la métamorphose des transistors en neurones. Les années suivantes ont connu une croissance exponentielle dont nous voyons aujourd'hui le résultat : GPT-1, GPT-2, Sonnet, GPT-4.5, Opus, Gemini, Mythos...

À ce stade, les LLM parlaient beaucoup, mais n'agissaient pas. En 2022, la publication du papier « ReAct: Synergizing Reasoning and Acting in Language Models » nous a montré qu'il était possible de traduire leurs réflexions en actions.

Pour filer une métaphore un peu brute : nous avons greffé le cerveau de Stephen Hawking sur le corps d'Arnold Schwarzenegger, et l'expérience a réussi. Aujourd'hui, les applications sont conçues pour permettre aux agents d'interagir plus facilement, et des protocoles spécifiques sont développés à leur intention (MCP).

Face à ces avancées, on réalise que quiconque passe la majorité de son temps derrière un écran endosse désormais un rôle comparable à celui des opératrices du téléphone d'autrefois. Peut-être que dans les années à venir, l'ordinateur ne sera plus qu'un outil spécifique réservé à une poignée de métiers, avant de s'effacer de notre quotidien.

Mais pour en venir au cœur du sujet : quelle sera la place de l'humain lorsque la révolution mécanique viendra parachever cette IA surdouée capable de transformer un savoir illimité en actes (ce que réalise déjà l'entreprise chinoise Unitree) ? Comment l'humanité maintiendra-t-elle cette force motrice qui l'a poussée à toujours progresser et apprendre, face à une entité aux capacités et aux connaissances qu'elle ne pourra jamais égaler ?

Que ce soit le travail, le divertissement ou la santé, tous les secteurs sont reconfigurés par l'IA. À chaque étape, le besoin en travail humain s'amenuise. Les processus devenant des dizaines ou des centaines de fois plus efficients, ni les entreprises ni le grand public ne semblent réellement prendre la mesure de la réalité qui s'approche. Ces années d'efficience se poursuivront sans doute encore un temps, mais viendra un moment où les entreprises ne souhaiteront plus conserver des ressources humaines jugées inefficaces. Même si les licenciements massifs ne sont pas encore au premier plan tant que les gains de productivité suffisent, cette question finira par s'imposer à l'échelle mondiale. Le fait qu'un concept ayant un tel impact sur l'humanité soit piloté à des fins purement commerciales par une poignée d'individus comme Sam Altman, sans aucune régulation, est la cause fondamentale de tous ces déséquilibres. Sous l'effet de la voracité d'Érysichthon qui anime les géants de la tech, nous assistons à une dépréciation de l'humain et risquons de faire face à une régression évolutive. L'humain court le risque de devenir un être dépouillé de ses facultés de penser, de questionner, d'apprendre et d'explorer.

« Le moteur fondamental de l'homme n'est pas simplement de survivre ou d'être plus heureux, mais de réaliser son potentiel, d'accroître sa puissance, de créer et de s'affirmer », affirmait Nietzsche, résumant parfaitement notre élan vital.

Dans Le Gai Savoir, publié en 1882, Nietzsche formule l'un de ses aphorismes les plus profonds (l'aphorisme 125) : « Dieu est mort ! Et c'est nous qui l'avons tué. » Par ces mots, Nietzsche ne célèbre pas un triomphe athée. Il s'agit au contraire d'une prise de conscience, d'un cri d'alarme face au péril du nihilisme qui s'annonce. Car pour la première fois depuis des millénaires, l'homme n'a plus besoin de l'hypothèse de Dieu ou de la religion pour donner du sens au monde. Cette hypothèse a rempli son rôle, elle a fait son temps, et le moment est venu pour l'homme de se dépasser.

Mais aujourd'hui, cet homme qui s'est dépassé ne s'est-il pas tué lui-même, à l'image du Dieu qu'il a immolé ? N'a-t-il pas reconfiguré sur des transistors tout ce qui faisait sa valeur, transformant la science en un nouveau dogme dans sa quête de vérité et de perfection ?

Nietzsche nous avait pourtant mis en garde : la « volonté de vérité absolue » n'est en réalité qu'une croyance religieuse déguisée. La science peut nous expliciter la mécanique du monde, mais elle est incapable de lui donner un sens.